Aujourd’hui comme hier, la vie en communauté n’est pas possible sans rituel ni ritualisation.
Tous les groupes dans lesquels nous interagissons sont structurés autour de rituels que nous acceptons librement (plus ou moins) de respecter.
Si tout le monde s’accorde aujourd’hui sur l’importance des rituels, ils existent cependant de nombreuses manières de les comprendre et de les envisager suivant le prisme que nous choisissons.
C’est pourquoi il est important avant de poursuivre de poser une (et non pas LA) définition du rituel afin d’en envisager les bénéfices ainsi que le cadre de réflexion pour les repenser aujourd’hui dans ce contexte de crise et demain quand nous en sortirons.
Rituels, de quoi parlons nous exactement ?
Parmi les nombreuses conceptions des rituels, une a plus particulièrement retenu mon intérêt. Il s’agit de celle « qui les conçoit comme des dispositifs incarnés dont le caractère performatif crée les communautés et leur permet de régler leurs conflits. Par le biais de l’action rituelle, les institutions inscrivent leurs objectifs, les valeurs et les normes sociales dans les corps. Il se constitue ainsi un savoir rituel pratique qui permet de se comporter de manière adéquate dans les institutions. (Christoph Wulf) ».
Pour simplifier, retenons que les rituels sont des processus porteurs de sens et de valeurs permettant à l’individu de trouver la « bonne façon » d’agir dans le groupe soumis à ces rituels.
Pour anticiper des questions que vous pourriez vous poser et que l’on me pose régulièrement, le rituel est-il une routine ?
C’est bien parce que nous les considérons parfois comme identiques que certains de nos rituels n’en sont pas et qu’ils ne produisent pas les effets escomptés.
Une routine est aussi un processus mais bien différent, tant au niveau de ses objectifs que de ses effets.
Pour prendre l’exemple du sport, où tout bon préparateur mental aidera le sportif dont il s’occupe à créer ses routines (l’exemple de Nadal avec ses bouteilles d’eau et ses gestes avant de servir est illustrant), ces dernières doivent faciliter un passage en « mode automatique » permettant de sortir de schémas de pensées potentiellement négatifs pouvant engendrer stress et perte de performance.
A l’instar de la respiration dans la méditation qui est un moyen facilitant l’ancrage dans le présent, les routines permettent aux sportifs de rester dans le jeu (=le moment présent) pour se détacher de l’enjeu (=le futur potentiel générateur de tensions). Elles sont rassurantes, terriblement utiles et efficaces (quand elles sont biens conçues bien sûr) mais ne correspondent en aucun point à la définition d’un rituel.
Les rituels ont donc bien des fonctions et des bénéfices auxquels il est essentiel de réfléchir au moment de les repenser.
Rituels = 6 fonctions essentielles
Parmi les 6 grandes fonctions que l’on peut attribuer aux rituels et que je travaille régulièrement avec les groupes que j’accompagne, je vous propose d’en développer 3 dans ce post. Pour chacune d’elle, nous réfléchirons à la manière dont nous pouvons questionner nos rituels existant ou ceux à initier au plus vite.
Fonction 1 : créer le lien social
Les rituels contribuent à créer du lien entre les individus en faisant naître des communautés dont ils sont l’élément organisateur et dont ils garantissent la cohésion.
Les communautés ne peuvent exister sans rituels car ils les assurent et les stabilisent par du contenu symbolique des formes d’interaction et de communication, et surtout par les processus générateur de sens.
Les rituels doivent servir de pont entre les individus, les communautés et les cultures.
Réflexion :
- Quels sont les rituels qui créent vraiment du lien dans notre organisation, qui y participent et en quoi sont-ils porteurs de nos valeurs ?
- Au sein de chaque équipe, aussi petite soit-elle, avons-nous instauré des rituels qui ont pour seul objectif de créer du lien ? Quelle est leur fréquence ?
- Aujourd’hui où nous sommes confinés et où le risque de nous sentir connectés mais isolés est prégnant, quels rituels mettre en place pour conserver le lien ?
Fonction 2 : organiser en répartissant les tâches et leur plannification
Les rituels ont pour objectif l’exactitude et par là même l’ordre dans lequel chacun est contraint d’agir pour contribuer au but commun. Ils ont donc une fonction organisatrice tout en contribuant à donner du sens à chacun en montrant en quoi leur tâche participe à la réalisation de l’ensemble.
Réflexion
- Dans le contexte actuel, quelles tâches demeurent identiques et quelles sont celles qui changent, s’arrètent (même momentanément) ?
- Quels sont rituels « d’avant » qui n’ont plus de sens ?
- Compte-tenu des changements engendrés, quels nouveaux rituels doit-on mettre en place pour continuer à organiser l’activité ?
- Comment communiquer ces changements pour donner du sens à tous ?
Fonction 3 : surmonter les crises, en enclenchant des processus de réparation ou des mécanismes de maîtrise de la crise
Particulièrement en ce moment, l’utilité de rituels adaptés est un sujet sensible et stratégique pour toutes les organisations.
Par leur nature stable, homogène et rassurantes ils permettent de négocier le passage à un autre état.
L’exemple du télétravail est particulièrement parlant pour nous tous. Pour autan, il ne peut être considéré comme un rituel, mais plutôt comme un moyen d’installer de nouveaux rituels.
Pour aller plus loin, la situation présente nous contraint à sortir de manière très brutale de notre cadre quotidien. Ceci génère de fait un ressenti de menace très fort que des nouveaux rituels peuvent contribuer à atténuer tout en favorisant une meilleure compréhension de tous sur le plan communicationnel.
Pour ce point nous pouvons prendre pour exemple les nouveaux rituels de communication mis en place par le gouvernement, les War-Rooms quotidiennes de certaines entreprises, les réunions Zoom, Teams… régulières entre Direction et Management…
Réflexions
- Quels sont les bons rituels pour contribuer à cette fonction et à quelle fréquence ?
- Qui doit y participer ?
- Quelles informations doivent être répétées régulièrement pour rassurer ?
- Comment s’assurer de la diffusion à tous les individus ?
4 bonnes pratiques pour nos rituels
1 – Nous n’avons pas d’autres choix que de nous y soumettre : nous devons rendre nos rituels incontournables et répétitifs pour tous et avant tout pour nous même 🙂
2 – Le cadre est tout sauf un détail : le rite ayant un caractère sympolique, la symbolique du contexte est essentielle (l’endroit, le moment, les objets présents…)
3 – L’implication de tous : pour être impliqué je dois être acteur autant que spectateur. Un rite ne m’appartient pas (et donc je ne m’y reconnais pas), si je n’y possède pas un rôle bien défini me permettant d’être aussi acteur.
4 – Apporter du soutien : pour nous sentir partie prenante d’un collectif, nous avons tous besoin d’informations, de moyens pour agir, de valorisation et d’écoute. Ces ingrédients doivent trouver leur place dans l’ensemble des rituels que nous installons.